Voir

Il faudrait toute une vie pour regarder un arbre, pour le regarder vraiment« . A la fin de sa vie, ma grand-mère restait assise toute la journée devant la fenêtre, à regarder l’arbre. Du premier étage, elle avait une place de choix. Elle me disait que, chaque jour, elle découvrait encore « son » arbre. Plus elle le regardait, et plus elle se rendait compte qu’elle ne le connaissait pas.

Jusqu’au jour où je crois qu’elle a fait l’expérience de cesser de vouloir le connaître, où elle a cessé de le scruter. Son regard s’arrêtait juste avant, dans l’espace commun qu’ils partageaient ensemble. C’est ainsi qu’elle le voyait le mieux, en s’arrêtant juste avant de le pénétrer. C’est ainsi qu’elle  acceptait de faire partie de ce regard, puisqu’elle regardait l’espace qu’ils étaient en commun, en étant dedans.

C‘est ma grand-mère qui m’a ouvert la voie au « voir ». Je dois à beaucoup d’autres ce que je sais de « voir », et je ne sais pas grand-chose. Ce voir fait partie des constellations. Voir ce que chaque représentant voit, et voir l’espace qu’ils partagent, l’espace qu’ils sont ensemble ; voir l’espace qu’ils sont avec d’autres non représentés, et voir l’espace qu’ils sont avec eux-mêmes dans toutes leurs dimensions. Il est essentiel que les principaux représentants, et surtout le focus, soient vus ainsi, pour qu’ils se décollent de leur histoire.

Il serait possible de regarder et de regarder encore, tous les jours, durant toute une vie, une constellation, toujours la même, et se dire que chaque jour on découvre encore des  choses, on comprend encore des choses. Cependant, il est plus juste de cesser de regarder les constellations, les scruter, se projeter à l’intérieur, comme une tête chercheuse. Car regarder, c’est interpréter. Regarder, c’est se souvenir. Se souvenir et interpréter, c’est figer dans le passé, c’est créer une histoire.

Voir une constellation, en faire partie sans regarder « après coup » dans sa mémoire, c’est la laisser vivre, se déployer, la laisser partir. Sans la figer, sans la transformer en histoire. Et c’est essentiel. C’est essentiel d’oublier les constellations. C’est la condition pour qu’elles puissent oeuvrer en nous, et dans notre système. Hors de notre regard, hors de notre contrôle…

Etre Libre

Etre libre, c’est d’abord le devenir ou plutôt retrouver notre liberté, celle qui est née avec nous, celle qui était avec nous avant nous, celle qui sera avec nous à notre mort, celle qui sera avec nous après notre mort, celle qui EST ce que nous sommes véritablement.

Ce chemin intime de retrouvailles, d’expérimentations, de connaissances, de verticalisation n’est possible que dans la rencontre avec notre environnement extérieur : les autres, ceux qui nous aiment, ceux qui ne nous aiment pas, ceux qui veillent sur nous, ceux qui nous abandonnent, mais aussi le soleil, la lune, la terre, les sources, le feu, l’air, les minéraux, la végétation, les autres animaux, et encore le système social, le système politique, et encore et surtout cet Autre que nous sommes à nous-mêmes, ce mystère que nous sommes souvent pour nous-mêmes.

Il n’y a pas de système politique ou social plus favorable à la découverte, l’expérimentation, la manifestation de notre liberté d’être qui nous sommes. Ils sont tous propices et proposent tous, qu’ils soient licencieux ou totalitaires, les conditions dont nous avons besoin pour nous verticaliser et retrouver notre liberté.

Aucun système nous empêche de devenir des Hommes, aucun système ne favorise plus qu’un autre cette aventure. Car être libre ne dépend pas de ce qui nous entoure, mais de la relation que nous tissons avec ce qui nous entoure ; des positions, des postures, que nous prenons, quelles que soient les conséquences, vertueuses ou funestes.

 Il peut être tout aussi difficile de trouver le chemin de la liberté dans une société licencieuse, où tout est accessible, abondante, consumériste, divertissante, que dans une société totalitaire, moralisatrice, à la structure sociale verrouillée. 

Etre libre, incarné, enraciné, relié, expérimenter cette vibration qui nous traverse, nous informe, nous anime, voilà l’objet des Constellations Familiales et Systémiques comme de toute thérapie.

Ecouter

Certaines questions sont véritablement fécondes pour moi, dans l’intimité de mes méditations :

A quoi est-ce que je résiste ?

– Quelle partie de moi ne souhaite pas être consolée ?

– Quelle est la demande de l’âme ?

Elles le sont aussi dans mon travail en individuel, ce sont elles aussi qui soutiennent mon travail de géobiologue, et ce sont elles aussi qui sous-tendent l’écoute et le travail en Constellations.

Lorsqu’une personne en demande de Constellation expose sa problématique, son défi, ce sont ces trois questions qui m’habitent. Ce sont elles qui donnent la couleur, la saveur énergétique de mon écoute. Ce sont elles qui me permettent d’entendre ce qui se murmure dans vos paroles, vos gestes, vos regards. Ce sont elles qui animent mes mains, mon souffle, mon regard. Ce sont elles qui posent le cadre de travail, le dôme énergétique du champ des Constellations.

Au coeur de la relation d’aide, thérapeutique, d’accompagnement, chamanique etc. se niche l’amour que le thérapeute, l’accompagnateur, l’aidant, le chaman, peu importe le nom que vous lui donnez, éprouve pour la personne qui vient le voir. Et cet amour qu’il éprouve, ce n’est pas le sien propre, c’est celui qui le traverse et pour lequel il/elle est tout(e) ouïe, et qui est là pour chacun d’entre nous. Plus le thérapeute est à l’écoute de cet amour, plus il le ressent et n’y met aucune résistance, plus les résolutions sont puissantes et rapides car elles échappent à notre dimension.

C’est ce qui rend notre travail magnifique et qui m’émeut tous les jours : face à mon travail, il y a quelque chose en moi qui s’incline devant tant de beauté et qui en mesure toute la dimension sacrée.

Je crois que la plupart des thérapeutes expérimentent cet abandon, cette vérité de n’être qu’un outil au service de ce qui est bien plus grand que soi, nous qui sommes si petits.

Je crois aussi que chacun d’entre-vous a, ou a eu, la possibilité de vivre cette évaporation de soi dans son travail, pour que seul le mystère s’exprime, et qu’il vous arrive – ou qu’il vous est arrivé – de réaliser la dimension sacrée de votre travail, quel qu’il soit, car cette dimension vient de votre posture intérieure, pas de la nature de votre travail.

Alors je crois que vous comprenez très bien ce que je veux dire.

La Compassion

La compassion est une vérité qui nous ouvre à la réalité de qui nous sommes. C’est un état de grâce, qui nous envahit, comme un présent sacré d’une dimension qui nous dépasse et nous relie.

Elle ne se commande pas, elle ne se fabrique pas, elle s’impose à notre coeur. Et lorsqu’elle est là, elle nous réconcilie avec tout, et nous guérit de nos blessures.

La compassion, c’est la reconnaissance de la souffrance de celui qui souffre, y compris – et surtout – de celui qui souffre de faire souffrir et qui n’a pas conscience d’en souffrir…

Cette reconnaissance de la souffrance balaye d’un souffle toute culpabilité, toute culpabilisation… et met fin à la souffrance elle-même.

S‘ouvrir à la compassion qui est tout le temps là, pour tout le monde, se laisser aller à la ressentir… c’est s’incliner, c’est baisser la garde… et s’ouvrir.

Savoir et Comprendre

Il n’y aurait pas d’êtres humains sur terre, ni arbres ni abeilles, ni fleurs ni ruisseaux, s’il n’y avait eu les étoiles pour ensemencer notre planète. Il y a une vibration en nous, très subtile, indestructible, plus ancienne que le Big Bang, plus vieille que l’éternité, sans début ni fin, non linéaire et sans direction, présente dans cet espace-temps en même temps que tous les autres, et qui pourtant nous relie – à quoi ? où ? .

Quand il nous est donné de la percevoir, de la ressentir, quelque chose s’incline en nous, et nous reconnaissons notre petitesse et notre ignorance, tout en faisant l’expérience d’une puissance discrète et pourtant invincible.

Soyons réalistes et acceptons de n’y rien comprendre. Reconnaissons que nous sommes constitués d’air, d’eau, de feu, de terre, d’éther, de vent, de bois, de métal, de poussières d’étoiles, de lumière et d’harmonie.

Parfois, face à certaines questions qui nous obsèdent, il est bon de revenir au mouvement des planètes, à celui des galaxies, à celui des éléments vivants en nous, et de les laisser retrouver l’harmonie entre eux dans une danse Soufie que nous ne connaîtrions pas encore, et de laisser la Vibration transmettre l’information à tous les systèmes : ceux auxquels nous participons, ceux qui nous constituent.

La danse des Planètes (ou celle de l’Atome) est une danse puissante, qui réinforme nos cellules jusque dans leur ADN, qui souffle ce mouvement giratoire qu’elles ont naturellement mais que les sursauts de notre existence peuvent perturber. La Vie se déploie bien différemment après une telle danse.

Résilience

L‘être humain est une espèce qui vit, se déploie, s’épanouit, se nourrit, se renforce, se protège, grandit, dans sa relation à un groupe. Sans le soutien, les appuis, les soins, l’écoute, les sourires, les câlins, les ressources, les biens, les pensées, les paroles du groupe, il meurt. Le bannissement vouait l’homme à la mort, sinon à la perte de son humanité.

Aujourd’hui encore, le petit d’Homme devient Homme grâce au groupe, et il en sera toujours ainsi, dans les relations de proximité, dans les relations affectives, dans les relations de dépendance, et dans l’émancipation de son groupe d’origine. Car il y a toujours une émancipation, elle est indispensable. L’Homme se choisit d’autres groupes et peut fonder son propre groupe, il peut rester sur la terre de ses ancêtres, ou bien trouver une autre terre ; mais là où il pose son âtre, c’est là où d’autres Hommes sont appelés à vivre ou vivent déjà. Et c’est aussi là qu’il peut nourrir ses liens avec son groupe d’origine.

Lorsque les relations avec le groupe sont faibles (en nombre), superficielles (en qualité), enfermantes (dépendance VS autonomie), alors l’Homme se sent en insécurité. Il s’agit de cette insécurité ancestrale qui mine nos appuis, notre résilience, notre créativité. Car l’Homme se sait fragile et vulnérable. Il a besoin de se sentir en lien, dans des liens nourrissants et soutenants. Et quand l’Homme ne peut subvenir à ses besoins en toute autonomie par une activité dont il peut échanger les produits quels qu’ils soient (matériels ou immatériels), alors une autre insécurité vient s’ajouter à la première, celle de sa valeur, de sa participation à la vie du groupe, de sa fabrication du monde de l’Homme.

On voudrait détruire un Homme, on ne s’y prendrait pas autrement qu’en diminuant drastiquement ses relations sociales, affectives, symboliques et en supprimant son autonomie, sa capacité de subvenir à ses besoins par son travail ou son implication dans le groupe.

Alors quand le système élargi de la nation met en péril ces deux fondements à la sécurité de l’Homme, et si les groupes restreints dans lesquels l’Homme vit sont des systèmes de même nature, ils rentrent en résonance et s’alimentent les uns les autres, et l’Homme s’effondre.

Mais si les groupes dans lesquels l’Homme vit sont des systèmes forts et résilients, contrebalançants le système de la nation, alors l’Homme peut continuer de se déployer, de sentir des appuis solides contre lesquels prendre son élan pour offrir toute sa créativité au monde.

Et quand le système élargi garantit la liberté d’appartenir au groupe, de travailler, d’échanger, de s’émanciper et que les groupes restreints ont des systèmes de même nature vertueuse, alors tous les groupes gagnent en créativité, en adaptabilité, en épanouissement, en résilience, en harmonie, en homéostasie.

Quels que soient les déséquilibres du groupe élargi, il est possible de rendre les systèmes dans lesquels nous évoluons propices à la résilience, propices à l’épanouissement. Il est possible de les rendre soutenant et sécurisant pour contrebalancer les effets des groupes élargis auxquels nous appartenons.

Et l’histoire fabrique l’Histoire.

Eve Mythocondriale

Nous sommes issus d’hommes et de femmes qui se sont souvent aimés.

Et parmi nos ancêtres, une femme a vécu il y a peut-être 200 000 ans. Cette femme n’était pas la première, et à l’époque où elle a vécu, elle n’était pas la seule femme. Par contre, cette femme était si spéciale, elle portait en elle un trésor si précieux, que la Vie la reconnue.

Depuis, c’est notre ancêtre femme à tous : elle est la seule à avoir eu une fille, qui a engendré une fille, qui a engendré une fille etc. Nous portons tous, quelle que soit notre culture, notre ethnie, notre pays, son ADN dans nos cellules mythocondriales. Ces cellules sont si précieuses, que très rarement, elles auraient pu venir du père…

Ces cellules portent un ADN unique et commun à tous, différent du « nôtre ». Un ADN originel.

Simple, mais aussi très fort, car il est imperméable au stress, à la pollution, à l’environnement, au climat, bref à tout ce qui n’est pas éternel. Elles possèdent une information et une vibration originelles, elles portent l’Eternité.

Elles sont présentes dans tous les tissus, leur nombre varie en fonction de l’organe, mais aussi en fonction de l’activité physique, car elles sont à l’origine de tout, y compris  de l’énergie dont nous avons tous besoin. Comme celle qui fait battre notre coeur. Elles informent les cellules pour que celles-ci se spécifient et donnent naissance à tous nos organes si différents des uns des autres. Elles donnent l’heure de la mort, aussi.

Se relier à ces cellules, sentir leur vibration, sentir nos corps se déployer, notre puissance s’épanouir, c’est leur permettre de guérir, libérer, relier. C’est aussi et surtout s’incliner, rendre les armes et toutes les résistances, au Mystère.

Le Soutien des Ancêtres

Il n’y a que sur notre magnifique planète que nous pouvons expérimenter la filiation, le fait d’être issu(e) d’un père et d’une mère, d’avoir donné naissance à un autre être humain… Car, bien sûr, il n’y a pas de « fils/fille de… », de « mère/père de… »en dehors de notre incarnation. Il n’y que sur cette Terre que nous pouvons donc expérimenter cet amour indéfectible, ce lien cellulaire. C’est donc aussi sur cette Terre que nous pouvons invoquer tous nos ancêtres pour nous soutenir.

Il n’y a donc qu’ici et maintenant que nous pouvons en expérimenter la force, dans tous ses aspects, y compris le soutien et la motivation à réaliser ce que notre coeur souhaite manifester… : manifester notre liberté ; celle qui me fait dire « je suis libre, parce que je suis libre », et plus simplement « je suis, parce que je suis ».

Car c’est bien la raison de notre incarnation : exprimer et manifester notre singularité, notre sagesse, cette façon si particulière et intime qu’à la Vie de nous faire vivre, avec cette tranquille liberté et cette douce assurance que c’est en réalisant notre destin que nous échappons à la fatalité.

Il est un chemin qui cherche à se réaliser en nous, certains l’appellent notre « mission de vie », d’autres « libération », peu importe le nom que vous lui donnez. Nos ancêtres peuvent être d’un soutien solide et inconditionnel à la réalisation de notre mission de vie, autant que la lune, le soleil, les étoiles, la nuit, la solitude, les arbres, les prières du coeur, l’amour, les lectures, les joies, les découvertes, les curiosités satisfaites, les souffrances aussi.

Il est possible de se sentir soutenu(e) par la Vie entière. C’est cette grande réconciliation innocente que nous explorons dans les constellations familiales, outil parmi tant d’autres d’extériorisation de notre intériorité – comme on retourne un gant, de jaillissement de nos talents – comme une source abondante et éternelle. Car le passé n’existe pas, et ce qui est fait peut, dans un espace – temps différent, être réparé sans être annulé. C’est grâce à ces réparations que nos résistances trouvent le chemin de l’effondrement, laissant place à la souplesse créative et enthousiaste, propice à un processus homéostatique harmonieux constant.