L’erreur de prédiction : outil des Constellations Systémiques

« Le cerveau ne réagit pas au monde, il le devance » – https://stef028.substack.com/p/lesprit-visionnaire

L’activité de 90 % des synapses du cortex visuel primaire consiste à projeter et à créer le monde. Seuls 10% des synapses de ce même cortex visuel laissent rentrer la réalité telle qu’elle est.

Le cerveau reçoit une multitudes de signaux des sens intéroceptifs et extéroceptifs dont il doit établir les causes, alors même que les signaux sont incomplets en même temps que bavards parce que multiples et quasi instantanés, autant qu’ambigus (un même bruit percussif peut venir d’un coup de feu, de la rencontre d’un avion de chasse et du mur du son, un coup de tonnerre…). Le cerveau comprime tous ces signaux pour interpréter le monde, selon le point de vue de son espèce. Il sélectionne, valorise, discrimine, hiérarchise, ordonne. D’un point du vue physiologique, les signaux viennent au cerveau par un nombre très important de neurones peu connectés entre eux vers peu de neurones extrêmement connectés du cœur limbique. Il s’agit de traiter des manifestations de la réalité (photons, vibrations) en unités de sens propres à une espèce et partageables par elle, de catégoriser ces unités différentes en familles fonctionnellement équivalentes (plaisir, danger, inclusion, exclusion, récompense, punition, valorisation, dévalorisation, souffrance, douleur, liberté, perte de liberté etc). Les zones limbiques sont des centres de commandement viscéromoteurs : organes internes, glucose, rythme cardiaque ; elles transforment donc ces catégories de signaux en schémas d’identification de besoins métaboliques et de satisfaction de ces besoins par une coordination des différents systèmes du corps. Le sens donné à la réalité est donc un plan d’action. Une émotion est donc un plan d’action autant que l’est un réflexe de fuite. Un traumatisme est aussi un plan d’action.

A ce processus de compression du flux entrant (feedforward) correspond un processus de décompression (feedback) qui consiste à projeter massivement des signaux aux aires sensorielles primaires, par une multitude de neurones (peu d’informations projetées et amplifiées vers beaucoup de neurones). C’est là que nous retrouvons nos 90/10 % du cortex visuel primaire : 90 % des synapses proviennent de signaux descendants et non de la rétine. Nous construisons le monde bien plus que nous le laissons entrer.

Cette décompression est une prédiction : le cerveau choisit la catégorie à laquelle correspondrait l’expérience réelle, anticipe les besoins métaboliques et prépare les ressources nécessaires avant de connaître la réalité de l’expérience. Il existe donc un écart entre la réalité telle qu’elle est et la projection que nous en faisons. En neurosciences, cet écart porte le nom d’hallucination. La question de celle-ci se pose donc ici. A quel point n’imaginons-nous pas notre environnement, les êtres humains qui nous entourent, leurs personnalités et motivations, le sens de leurs actions ? Les êtres vivants non humain ? Et quel est le processus qui nous permet de nous rapprocher le plus d’une appréciation de la réalité telle qu’elle est et non telle que nous la projetons ? « (Notre) expérience consciente n’est pas un miroir du monde, mais une construction prédictive projetée sur la réalité. On parle « d’hallucinations contrôlées ». Comprendre cette économie du sens, c’est réaliser que nous ne percevons pas le monde tel qu’il est, mais tel que nous avons besoin qu’il soit pour continuer à exister. » Stéphanie Aubertin

Afin de corriger plus ou moins efficacement les écarts entre la réalité et la projection de notre monde personnel interprétatif, notre cerveau mesure le niveau de correspondance entre le flux entrant et le flux predictif descendant : on parle d’erreur de prédiction. Plus nous sommes perméables à l’erreur de prédiction et plus nous pouvons changer nos plans d’action, les adapter à la situation réelle, plus nous pouvons être dans le présent, et moins assujettis à notre passé, plus nous pouvons laisser entrer la réalité et nous ouvrir à celle-ci, plus nos émotions peuvent être régulées, et plus nous pouvons restreindre le champ d’application d’un traumatisme. Ce dernier étant bien une « prédiction (un plan d’action) insensible aux erreurs de prédiction ». Stéphanie Aubertin

Certaines thérapies expérientielles, pratiques spirituelles, peuvent changer les plans d’actions en corrigeant les prédictions via l’erreur de prédiction. Et ce qui nous intéresse ici, au sein des Constellations Systémiques, c’est l’ensemble des actions qui ont pour but de corriger les prédictions par la preuve de la conséquence positive.

Le processus de résolution d’une problématique passe par la disponibilité des corps à l’expérience émotionnelle, physique (douleurs, soulagement, étouffement, ouverture, repli etc), des paroles, des gestes, des déplacements qui peuvent être effectués ou prononcées alors même que la peur, la tristesse, la résistance, la colère, les mécanismes de défense s’emparent de nous. Toutes ces émotions, toutes ces résistances, tous ces mécanismes de défense sont le résultat de l’activité de prédiction du cerveau, telle qu’elle a été décrite ici. Ce corpus expérientiel donne à voir les souffrances autant que les distorsions entre la réalité et la projection de celle-ci. Ces paroles et actions, qui viennent en contradiction avec les schémas comportementaux et émotionnels habituels, donnent à expérimenter d’autres conséquences (positives : de libération, de paix, de tranquillité, de joie, de puissance, de force, de présence, de maturation, d’autonomisation, d’unification, d’inclusion, de légèreté, etc…). La preuve est faite, une brèche est ouverte dans le système de catégorisation du cerveau, l’erreur de prédiction fait à nouveau partie du système. La réalité fait son entrée. Le cône de perception s’agrandit, la palette de catégorisation s’expanse, l’accueil de la nouveauté est rendue possible… La vie change, parce que nos projections sur le monde changent. Le domaine des possibles s’agrandit et se pacifie.

La correction des prédictions et l’ouverture graduelle à la réalité est rendue possible par le tempo des Constellations qui sédimente dans le corps et ses fonctions viscéromotrices la preuve de la conséquence positive, la perméabilité vertueuse à l’erreur de prédiction.

L’activité cérébrale se mesure en hz, c’est à dire en ondes plus ou moins denses. Le flux entrant relève des ondes gamma (supérieures à 40 hz). Le flux sortant (les projections) relèvent des ondes Bêta et Alpha (comprises entre 12 et 40 hz pour les premières, et 6 et 12 hz pour les deuxièmes). Elles sont beaucoup plus lentes. Les premières sont générées dans les états de veille, les secondes dans les états de relaxation et de méditation. De 4 à 6 hz, ce sont les ondes théta, celles de la méditation profonde. En dessous de ces dernières correspondent les ondes Delta, celles du sommeil profond. Pendant une Constellation Systémique, les représentants sont invités à ressentir plutôt qu’à penser, à parler depuis leurs sensations, leurs expériences émotionnelles, les manifestations physiques de leur corps, en y prêtant attention. Cette focalisation entraîne de facto un ralentissement. Un ralentissement des réactions, un ralentissement des ondes cérébrales. Ce ralentissement est un espace de respiration, un étirement, un temps supplémentaire, qui vient s’imiscer entre le flux entrant et sa compression, puis entre sa compression et sa décompression, et enfin entre sa décompression et la manifestation de la réaction. Cet étirement du tempo, ce ralentissement des ondes permet de faire rentrer davantages de signaux et d’affiner la catégorisation et autorise ainsi l’expression d’émotions refoulées, la libération de manifestations coporelles encapsulées. Des signaux jusque là écartés, discriminés, assourdis sont enfin perceptibles, audibles, vus, sentis et ouvrent les possibles d’interprétation, de conscientisation. Le temps s’étire encore, laisse entrer l’écoute encore plus fine du flux entrant – c’est l’étirement entre la compression et la décompression. Un affinement des catégorisations et de la perception de la réalité s’opère. Une proposition de parole, de geste, de mouvement, de placement, de regard, tout à fait différente des expressions habituelles des plans d’actions schématiques habituels (c’est à dire une proposition sourde aux mécanismes de défense et aux résistances mais à l’écoute de la réalité) c’est l’étirement entre la décompression et la réalisation du plan d’action – entraîne de nouveaux signaux entrants, des signaux d’erreur de prédiction. Il s’agit de se donner du temps, du temps à notre système nerveux. Du temps, de la focalisation sur les signaux intéroceptifs et extéroceptifs, de la nouveauté, de l’erreur de prédiction.

Constellons !

Cette totalité que nous sommes….

Les Constellations Familiales et Systémiques sont un support pour explorer l’univers infini que nous sommes.

Croire que les ancêtres, conjoints, amis, collègues, connaissances, qui habitent nos constellations familiales sont autant de personnes extérieures à nous, c’est croire qu’il y a un extérieur à nous. C’est croire que nous sommes séparés. C’est croire que nous contrôlons ce que nous sommes, et que ce que nous sommes est une forme identifiée. Or nous sommes espace en mouvement, nous sommes communion. Nous sommes un regard conscient.

Les personnes, les principes, les astres, les éléments, les corps et les organes, les chakras, les animaux, les peuples, les avatars, les communautés, les croyances, les cécités, les appétences, qui évoluent dans l’espace-temps des constellations ne sont que des parties de nous-mêmes que nous ne connaissons pas assez, qui nous agissent avec inconscience tant que nous refusons de les voir, contre lesquelles nous nous opposons et nous résistons, et que nous cherchons à cacher. 

Comprendre cela, l’expérimenter, c’est, pas à pas, avancer sur la voie de la confiance et de l’abandon à la Vie. C’est se défaire de nos identifications. Petit à petit. C’est aller à la rencontre de l’Autre en nous et à son accueil inconditionnel. C’est alors expérimenter que l’Autre n’existe pas, que l’Autre c’est nous. C’est voir que nous sommes espace, des maisons de verre en lesquelles il est impossible de cacher quoique ce soit. Vouloir cacher, c’est créer de l’ombre, un interdit, une soustraction à l’amour. 

Les Constellations sont un support à notre engagement à accepter et à voir la Réalité telle qu’elle est. Et voir la Réalité telle qu’elle est, c’est disparaître, se dissoudre en elle. Il ne reste plus qu’un regard, qui n’est pas le nôtre, qui n’appartient à personne. Et qui pourtant a quelque chose de la singularité.

In fine, à partir de ce regard, manifester le support d’engagement singulier à la fois issu et nourricier de ce regard. Plus le regard se désidentifie, et plus l’expression et la manifestation sont des explorations mises en partage de ce regard.

Daphne Labbé de Montais

Ichi

Ichi : Un

Commençons par ne pas le traduire, reprenons.

Commençons par ne pas connaître son nom.

Commençons pas ne pas savoir comment ça se prononce.

Commençons par regarder.

Un trait non séparé de l’espace autour. Autour, jusqu’à l’infini. Cet espace n’est évidemment pas vide. Il est plein. Infiniment plein, et infini – sans limites. Infini dans ce qu’il contient et infini par ses limites, qu’il n’a pas.

Il n’est pas « blanc », il n’est pas « vide », il n’est pas « rien », il est infiniment total. 

Il contient la ligne : un espace de densification. C’est la manifestation. Il contient un espace de manifestation de cette totalité infinie – infinie dans ce qu’elle contient autant que sans limites.

Cette ligne montre la manifestation. Elle montre que la totalité de la manifestation est issue de la totalité de l’infini. Elle montre qu’il n’y a aucune séparation entre la ligne et l’infini. Elle montre que la ligne est l’infini. Elle montre que toute la manifestation est l’expression de l’infini. Elle montre qu’il n’y a aucune différence entre la ligne et l’espace infini et infiniment plein. Elle montre que l’espace est cette ligne, et que la ligne est l’espace.

Comment appelez-vous cet espace ? Quel nom lui donnez-vous ? Quel que soit le nom que vous lui donnez, cette ligne donne à voir que « ça » et cette ligne ne sont pas séparés, que « ça » est cette ligne. Que « ça » est la manifestation toute entière. Qu’il n’y a que « ça« .

Cette ligne nous donne à voir ce que nous voyons mal : nous sommes la manifestation de cet infini, tous autant que nous sommes, quelle que soit notre apparence ou notre non-apparence. Nous sommes cet infini. Nous sommes cette totalité. Nous sommes « ça« .

Cette ligne non séparée de l’espace infini et infiniment plein qui la contient nous donne à expérimenter le « je suis seul(e), l’univers tout entier est seul, je suis UN »

Les Constellations, les séances individuelles, la géobiologie, le Reiki et son enseignement, sont un prétexte pour expérimenter, toucher du doigt, apercevoir, ressentir, approcher, dans notre intimité, ce UN. Car être, c’est être manifesté ; être manifesté, c’est manifester ce UN. Il n’y a aucune autre réalité, il n’y a pas d’alternative.

C’est ainsi que j’expérimente ce KANJI « Ichi » , et vous ? 

Daphne Labbé de Montais

Voir

Il faudrait toute une vie pour regarder un arbre, pour le regarder vraiment« . A la fin de sa vie, ma grand-mère restait assise toute la journée devant la fenêtre, à regarder l’arbre. Du premier étage, elle avait une place de choix. Elle me disait que, chaque jour, elle découvrait encore « son » arbre. Plus elle le regardait, et plus elle se rendait compte qu’elle ne le connaissait pas.

Jusqu’au jour où je crois qu’elle a fait l’expérience de cesser de vouloir le connaître, où elle a cessé de le scruter. Son regard s’arrêtait juste avant, dans l’espace commun qu’ils partageaient ensemble. C’est ainsi qu’elle le voyait le mieux, en s’arrêtant juste avant de le pénétrer. C’est ainsi qu’elle  acceptait de faire partie de ce regard, puisqu’elle regardait l’espace qu’ils étaient en commun, en étant dedans.

C‘est ma grand-mère qui m’a ouvert la voie au « voir ». Je dois à beaucoup d’autres ce que je sais de « voir », et je ne sais pas grand-chose. Ce voir fait partie des constellations. Voir ce que chaque représentant voit, et voir l’espace qu’ils partagent, l’espace qu’ils sont ensemble ; voir l’espace qu’ils sont avec d’autres non représentés, et voir l’espace qu’ils sont avec eux-mêmes dans toutes leurs dimensions. Il est essentiel que les principaux représentants, et surtout le focus, soient vus ainsi, pour qu’ils se décollent de leur histoire.

Il serait possible de regarder et de regarder encore, tous les jours, durant toute une vie, une constellation, toujours la même, et se dire que chaque jour on découvre encore des  choses, on comprend encore des choses. Cependant, il est plus juste de cesser de regarder les constellations, les scruter, se projeter à l’intérieur, comme une tête chercheuse. Car regarder, c’est interpréter. Regarder, c’est se souvenir. Se souvenir et interpréter, c’est figer dans le passé, c’est créer une histoire.

Voir une constellation, en faire partie sans regarder « après coup » dans sa mémoire, c’est la laisser vivre, se déployer, la laisser partir. Sans la figer, sans la transformer en histoire. Et c’est essentiel. C’est essentiel d’oublier les constellations. C’est la condition pour qu’elles puissent oeuvrer en nous, et dans notre système. Hors de notre regard, hors de notre contrôle…