L’erreur de prédiction : outil des Constellations Systémiques

« Le cerveau ne réagit pas au monde, il le devance »

Compression, décompression, plan d’action.

L’activité de 90 % des synapses du cortex visuel primaire consiste à projeter et à créer le monde. Seuls 10% des synapses de ce même cortex visuel laissent rentrer la réalité telle qu’elle est.

Le cerveau reçoit une multitudes de signaux des sens intéroceptifs et extéroceptifs dont il doit établir les causes, alors même que les signaux sont incomplets en même temps que bavards parce que multiples et quasi instantanés, autant qu’ambigus (un même bruit percussif peut venir d’un coup de feu, de la rencontre d’un avion de chasse et du mur du son, un coup de tonnerre…). Le cerveau comprime tous ces signaux pour interpréter le monde, selon le point de vue de son espèce. Il sélectionne, valorise, discrimine, hiérarchise, ordonne.

D’un point du vue physiologique, les signaux viennent au cerveau par un nombre très important de neurones peu connectés entre eux vers peu de neurones extrêmement connectés du cœur limbique. Il s’agit de traiter des manifestations de la réalité (photons, vibrations) en unités de sens propres à une espèce et partageables par elle, de catégoriser ces unités différentes en familles fonctionnellement équivalentes (plaisir, danger, inclusion, exclusion, récompense, punition, valorisation, dévalorisation, souffrance, douleur, liberté, perte de liberté etc).

Les zones limbiques sont des centres de commandement viscéromoteurs : organes internes, glucose, rythme cardiaque ; elles transforment donc ces catégories de signaux en schémas d’identification de besoins métaboliques et de satisfaction de ces besoins par une coordination des différents systèmes du corps. Le sens donné à la réalité est donc un plan d’action. Une émotion est donc un plan d’action autant que l’est un réflexe de fuite. Un traumatisme est aussi un plan d’action.

A ce processus de compression du flux entrant (feedforward) correspond un processus de décompression (feedback) qui consiste à projeter massivement des signaux aux aires sensorielles primaires, par une multitude de neurones (peu d’informations projetées et amplifiées vers beaucoup de neurones). C’est là que nous retrouvons nos 90/10 % du cortex visuel primaire : 90 % des synapses proviennent de signaux descendants et non de la rétine. Nous construisons le monde bien plus que nous le laissons entrer.

Cette décompression est une prédiction : le cerveau choisit la catégorie à laquelle correspondrait l’expérience réelle, anticipe les besoins métaboliques et prépare les ressources nécessaires avant de connaître la réalité de l’expérience. Il existe donc un écart entre la réalité telle qu’elle est et la projection que nous en faisons. En neurosciences, cet écart porte le nom d’hallucination.

L’erreur de prédiction, la brèche dans les shémas.

La question de celle-ci se pose donc ici. A quel point n’imaginons-nous pas notre environnement, les êtres humains qui nous entourent, leurs personnalités et motivations, le sens de leurs actions ? Les êtres vivants non humain ? Et quel est le processus qui nous permet de nous rapprocher le plus d’une appréciation de la réalité telle qu’elle est et non telle que nous la projetons ? « (Notre) expérience consciente n’est pas un miroir du monde, mais une construction prédictive projetée sur la réalité. On parle « d’hallucinations contrôlées ». Comprendre cette économie du sens, c’est réaliser que nous ne percevons pas le monde tel qu’il est, mais tel que nous avons besoin qu’il soit pour continuer à exister. » Stéphanie Aubertin

Afin de corriger plus ou moins efficacement les écarts entre la réalité et la projection de notre monde personnel interprétatif, notre cerveau mesure le niveau de correspondance entre le flux entrant et le flux prédictif descendant : on parle d’erreur de prédiction. Plus nous sommes perméables à l’erreur de prédiction et plus nous pouvons changer nos plans d’action, les adapter à la situation réelle, plus nous pouvons être dans le présent, et moins assujettis à notre passé, plus nous pouvons laisser entrer la réalité et nous ouvrir à celle-ci, plus nos émotions peuvent être régulées, et plus nous pouvons restreindre le champ d’application d’un traumatisme. Ce dernier étant bien une « prédiction (un plan d’action) insensible aux erreurs de prédiction ». Stéphanie Aubertin

Certaines thérapies expérientielles, pratiques spirituelles, peuvent changer les plans d’actions en corrigeant les prédictions via l’erreur de prédiction. Et ce qui nous intéresse ici, au sein des Constellations Systémiques, c’est l’ensemble des actions qui ont pour but de corriger les prédictions par la preuve de la conséquence positive.

Le processus de résolution d’une problématique passe par la disponibilité des corps à l’expérience émotionnelle, physique (douleurs, soulagement, étouffement, ouverture, repli etc), des paroles, des gestes, des déplacements qui peuvent être effectués ou prononcées alors même que la peur, la tristesse, la résistance, la colère, les mécanismes de défense s’emparent de nous. Toutes ces émotions, toutes ces résistances, tous ces mécanismes de défense sont le résultat de l’activité de prédiction du cerveau, telle qu’elle a été décrite ici. Ce corpus expérientiel donne à voir les souffrances autant que les distorsions entre la réalité et la projection de celle-ci.

Les paroles et actions de résolution, qui viennent en contradiction avec les schémas comportementaux et émotionnels habituels, donnent à expérimenter d’autres conséquences (positives : de libération, de paix, de tranquillité, de joie, de puissance, de force, de présence, de maturation, d’autonomisation, d’unification, d’inclusion, de légèreté, etc…). La preuve est faite, une brèche est ouverte dans le système de catégorisation du cerveau, l’erreur de prédiction fait à nouveau partie du système. La réalité fait son entrée. Le cône de perception s’agrandit, la palette de catégorisation s’expanse, l’accueil de la nouveauté est rendu possible… La vie change, parce que nos projections sur le monde changent. Le domaine des possibles s’agrandit et se pacifie.

La correction des prédictions et l’ouverture graduelle à la réalité est rendue possible par le tempo des Constellations qui sédimente dans le corps et ses fonctions viscéromotrices la preuve de la conséquence positive, la perméabilité vertueuse à l’erreur de prédiction.

Présence au corps et ralentissement cérébral, rejoindre la réalité.

L’activité cérébrale se mesure en hz, c’est à dire en ondes plus ou moins denses. Le flux entrant relève des ondes gamma (supérieures à 40 hz). Le flux sortant (les projections) relèvent des ondes Bêta et Alpha (comprises entre 12 et 40 hz pour les premières, et 6 et 12 hz pour les deuxièmes). Elles sont beaucoup plus lentes. Les premières sont générées dans les états de veille, les secondes dans les états de relaxation et de méditation. De 4 à 6 hz, ce sont les ondes théta, celles de la méditation profonde. En dessous de ces dernières correspondent les ondes Delta, celles du sommeil profond.

Pendant une Constellation Systémique, les représentants sont invités à ressentir plutôt qu’à penser, à parler depuis leurs sensations, leurs expériences émotionnelles, les manifestations physiques de leur corps, en y prêtant attention. Cette focalisation entraîne de facto un ralentissement. Un ralentissement des réactions, des ondes cérébrales. Ce ralentissement est un espace de respiration, un étirement, un temps supplémentaire, qui vient s’imiscer entre le flux entrant et sa compression, puis entre sa compression et sa décompression, et enfin entre sa décompression et la manifestation de la réaction.

Cet étirement du tempo, des ondes permet de faire rentrer davantages de signaux et d’affiner la catégorisation et autorise ainsi l’expression d’émotions refoulées, la libération de manifestations coporelles encapsulées. Des signaux jusque là écartés, discriminés, assourdis sont enfin perceptibles, audibles, vus, sentis et ouvrent les possibles d’interprétation, de conscientisation.

Le temps s’étire encore, laisse entrer l’écoute encore plus fine du flux entrant – c’est l’étirement entre la compression et la décompression. Un affinement des catégorisations et de la perception de la réalité s’opère. Une proposition de parole, de geste, de mouvement, de placement, de regard, tout à fait différente des expressions réactives des plans d’actions schématiques habituels (c’est à dire une proposition sourde aux mécanismes de défense et aux résistances mais à l’écoute de la réalité) c’est l’étirement entre la décompression et la réalisation du plan d’action – entraîne de nouveaux signaux entrants, des signaux d’erreur de prédiction. Il s’agit de se donner du temps, du temps à notre système nerveux. Du temps, de la focalisation sur les signaux intéroceptifs et extéroceptifs, de la nouveauté, de l’erreur de prédiction.

Constellons !

Exclusions et responsabilités

« Les guerres de ce monde sont le miroir de nos guerres intimes ».

La place, notion centrale des Constellations Systémiques

Notre place nous appartient, elle nous est due, quoi que nous fassions, quoi que nous ayons fait. 

Et pourtant, par loyauté, par culpabilité, par amour, il arrive à nos ancêtres d’être exclu(e)s de notre lignée, et d’accepter cette exclusion.

Une place manquante est une place qui est alors usurpée – occupée par un autre, en partie ou complètement. Un fils ou une fille, qui prend la place d’un père ou d’une mère, d’un oncle ou d’une tante, d’un grand-parent, d’un frère ou d’une sœur…

La recherche des exclus est le travail de base en Constellation. Qui est exclu ou manquant, par qui ou par quelle circonstance ? La résolution mène toujours à la réintégration de l’exclu ou de l’absent.

Ce travail de réintégration se fait facilement dans les générations qui nous précèdent, mais se fait difficilement à notre étage. Pour le dire autrement, nous mettons moins de cœur à fortifier nos résistances à la réintégration d’exclus lorsqu’il s’agit de nos ancêtres lointains que lorsqu’il s’agit de nos ascendants directs, d’autant plus si nous sommes responsables de l’exclusion.

Nous subissons nos souffrances autant que nous les revendiquons dans cette confusion et illusion que nous sommes nos souffrances. Le processus de sortie d’un traumatisme prend du temps. Tous les accompagnements sont essentiels et demandent autant de courage, de persévérance, de foi, de confiance, que de patience. Car c’est un processus de déconstruction et de ré-élévation. 

Patiemment, nous œuvrons pour que nos ancêtres retrouvent leur place, leur dignité, leurs responsabilités. Nous reconnaissons et mesurons les souffrances de chacun, ainsi que les responsabilités de tous. C’est la reconnaissance des responsabilités de chacun qui permet la sortie du cercle infernal Victime – Bourreau – Sauveur, ainsi que de s’extraire de la tentation de créer l’illusion prophétique de soi comme l’éternelle Victime, l’autre comme l’éternel Bourreau et la recherche d’un Sauveur extérieur et complaisant dont la mission est de conforter l’état de victime et de maintenir l’existence du bourreau.

La place des parents et grands-parents malveillants

Une des difficultés majeures réside dans l’acceptation que nos parents et grands-parents occupent de droit leur place dans nos lignées, alors même que les relations avec ces derniers ont été les plus éprouvantes dans nos existences. 

Le processus de résolution, c’est à dire de dissolution de nos guerres intimes, consiste à rendre les armes, cesser de vouloir contrôler et réorganiser notre lignée depuis le point de vue de nos souffrances par l’exclusion de nos ascendants directs. 

Par loyauté envers nous, du fait de nos souffrances et de leur culpabilisation, ces ascendants directs accepteront d’être exclus ainsi que les contreparties démesurées ou éternelles que nous leurs demandons, ou pour le dire autrement, toutes les dettes et créances que nous échafaudons. 

C’est ainsi que nous les maintenons (et nous-mêmes) dans un enfer que nous créons, et que nous nous blessons de prendre en partie leur place.

Exclure et devenir celui qui outrepasse les limites

Car comprenons bien ce qui se passe : Si j’exclue mon père ou ma mère, ma grand-mère ou mon grand-père, j’engage une partie de mon énergie, de mes pensées, de ma vigilance à être dans un lien de guerre avec celui ou celle que j’exclue. J’engage une partie de moi à exclure au quotidien. Car une exclusion n’est jamais définitive, elle n’est jamais passée, elle est toujours en cours. Il faut la maintenir, car on lutte contre un droit inaliénable. Cette guerre quotidienne je la mène contre mon ascendant et la déplace contre mon environnement.

En même temps, j’engage une autre partie de moi à occuper une partie de la place libérée par l’exclusion, voire la totalité de cette place en même temps que la mienne, que je ne peux dès lors occuper dans sa totalité, ou seulement par intermittence. 

Il se peut aussi que ce soit un de mes enfants qui prenne cette place vide, par loyauté et amour. Il ne vit pas sa vie, et prend le risque d’exprimer la personnalité de ce grand-parent ou arrière grand-parent avec lequel il est alors intriqué. Je suis alors l’architecte de l’intrication qui fera porter à mes enfants un destin et une personnalité que pourtant je m’applique à exclure.

Si j’occupe en partie la place de mon aïeul que j’exclue, et en partie ma place de mère ou de père, une partie de moi exprime dans mes relations à mes enfants la personnalité de celui ou celle que j’exclue, et une autre partie de moi exprime celle ou celui que je suis quand je suis à ma place. 

La responsabilité de la paix

Il est alors essentiel de voir que mes comportements avec mes enfants qui me font pourtant souffrir et m’abîment par leur violence, leur injustice, leur disproportion relèvent de mon entière responsabilité actuelle (il s’agit bien de mon comportement), même si j’en ai appris la grammaire dans mes relations avec le parent que j’exclue. 

Il est dans le même temps tout aussi essentiel de reconnaître que si je manifeste ces comportements (dont je fais porter la responsabilité aux personnalités de ces parents ou grands-parents que j’exclue), c’est aussi parce que je les exclue et que j’occupe en partie leur place, ce dont je suis bien responsable

Il est intéressant de voir quelle partie de mon corps investit symboliquement la place de l’exclu (cela peut expliquer certaines douleurs chroniques).

Je savoure intensément cet instant où celui ou celle qui ouvre son système le temps d’une constellation – le dépositaire – accepte de rendre les armes :

Il ou elle laisse enfin son parent ou grand-parent reprendre sa place,

Il-elle accepte de rendre à son aïeul sa responsabilité de reprendre et garder sa place quelque soit la souffrance du dépositaire,

Il ou elle lui permet de cesser toute loyauté envers lui/elle-même qui le rend responsable d’accepter son exclusion, 

Il-elle accepte donc que ses ascendants soient dans un lien juste avec lui-elle, 

Il-elle libère son ascendant (et lui-même) de l’enfer qu’il créait,

Il-elle reprend sa propre responsabilité de s’être engagé(e) dans l’exclusion de son parent.

Il-elle prend conscience qu’il-elle est assez « grand », assez « fort » pour traverser, reconnaître, sa souffrance passée, telle qu’elle a été.

Il-elle reconnaît alors qu’il-elle a le droit de  grandir,

Qu’il-elle a donc un présent et un avenir qui ne sont pas son passé, et qu’il-elle a la vie devant lui-elle,

Il-elle reconnaît que sa place lui est due et qu’il-elle en est indéplaçable,

Il-elle accepte de perdre le contrôle,

Il-elle accepte la totalité de sa place et de sa lignée en héritage, c’est à dire la sagesse dont elle est dépositaire.

Et alors…

Les retrouvailles avec la réalité

Et alors…

Une onde parcourt la lignée, la sève s’écoule à nouveau, l’héritage de sagesse, de justesse et de paix se transmet. Chacun devient soutient solide, les enfants retrouvent un horizon dégagé aux possibles démultipliés, et surtout, surtout, quelque chose lâche. Parfois sur l’instant, parfois le soir, parfois quelques jours après. Quelque chose lâche à l’intérieur de celui qui a osé, comme une grâce.

Je savoure cet instant, car me reviennent toutes mes larmes tranquilles, sans tristesse, sans émotion, uniques, qui ont coulé en douceur en ce moment où quelque chose a lâché : une guerre, tout simplement. 

Nous sommes entièrement responsable de nos guerres intimes, et c’est tant mieux. Parce que nous sommes donc responsables de nos paix.

Constellons,

Daphne Labbé de Montais

L’héritage de nos lignées

Être en paix est une prière à soi-même qui ouvre au plus grand des courages.

D‘abord, reconnaître sa souffrance.

Puis, rencontrer ses ancêtres.

Explorer son arbre, d’abord proche, puis lointain. 

Être témoin de l’épanouissement de nos ancêtres par leur propre reconnaissance de ce qui est en leur pouvoir : voir la réalité telle qu’elle fut, et prendre leur entière responsabilité dans cette réalité. 

Voir et reprendre les responsabilités qui furent les nôtres.

Et enfin, le chemin de paix :

Accepter tout son héritage, et le réclamer. 

Demander et accepter ainsi que chacun reprenne sa juste place dans cet arbre de vie. 

Réclamer que chacun prenne sa place dans l’arbre, c’est réclamer que l’arbre soit vivant dans chacune de ses branches et que tous ses fruits soient pleins. C’est un droit fondamental. Comme un commandement : « Ta place est indissociable de ton être »

Ainsi nous rendons les armes et cessons de vouloir exclure certains, prendre la place d’autres. Nous les accueillons, tous, en réalisant que ce ne sont pas leurs personnalités que nous accueillons, mais ce qu’ils sont éternellement.

Voir que chacun dans cet arbre est éternellement vivant, que son empreinte est nourrie et vibrante des expériences vécues sous toutes les formes, dans toutes les dimensions, incarnées et non incarnées. 

C‘est donc réaliser que c’est un héritage de sagesse, de conscience, d’expériences, de compassion, de responsabilité, de réalisation. 

Accepter la totalité de son héritage, c’est accepter bien plus que les quelques ancêtres que nous connaissons, bien plus que ceux que nous pouvons imaginer, c’est accepter tout ce qui a vécu, qui est mort, et qui est encore et toujours en vie. C’est accepter l’existence elle-même. Car en suivant les branches, nous remontons jusqu’aux poussières d’étoiles, jusqu’à la première étincelle. 

Ainsi nous rendons les armes et acceptons la réalité telle qu’elle est, la vie tout simplement, sans négocier ni juger, sans résister ni culpabiliser.

Alors, on peut s’appuyer sur cet héritage pour avoir le courage ultime de regarder ses propres mains, et prendre, à notre tour, le pouvoir qui est le nôtre : prendre notre entière responsabilité présente et voir la réalité telle qu’elle est, toujours.

Et la paix s’immisce en nous, grandit tranquillement. 

Je vous souhaite de rencontrer cette prière à vous-même, celle d’être en paix.

Constellons.

Daphne Labbé de Montais

Être en paix

Être en paix.

C’est le seul état qui existe, tout le temps. Ressentir cette paix, c’est contacter cette confiance absolue que tout ce qui est vécu est un appel à intégrer l’expérience pour plonger, fusionner, devenir la seule réalité qui existe : l’état de paix. 

Laisser la tristesse s’exprimer, depuis cet état de paix qui ne cherche pas à s’en divertir ni à s’y complaire. La tristesse se dissout dans la paix, qui n’a pas disparue avec la tristesse. Laisser la joie se manifester, depuis cet état de paix qui ne cherche pas à la maintenir, ni à la supprimer, puisqu’il n’y a pas d’expérience meilleure qu’une autre. 

Se laisser traverser par l’expérience, quelle qu’elle soit, et répondre à l’appel de la fusion dans l’état de paix qu’elle propose.

L’espace des constellations est un espace où l’on demande courageusement de voir ce que l’on fuit. Puis de se laisser traverser par ce que l’on fuit en l’intégrant, en se laissant remplir et pénétrer, jusqu’à ce que cela aussi fusionne dans et avec l’état de paix. L’océan.

Se désillusionner et accepter de se désillusionner.

Se mettre en mouvement et accepter le mouvement, en présence. 

Faire l’expérience, que lorsque tous nos actes s’élèvent de notre intention de maintenir ou au contraire de transformer la réalité, de la contrôler afin d’échapper aux vagues, nous nous décentrons de l’océan et nous nous agitons perpétuellement dans les vagues, en allant de l’une à l’autre. 

Puis faire l’expérience que lorsque nous acceptons enfin l’existence des vagues, nous pouvons les accueillir depuis l’océan. Être immobile soi-même, laisser le reste être impermanent.

Chaque expérience n’est qu’un appel de la vie à fusionner dans cet état de paix. Cette fusion est une disparition, une verticalisation, un étirement, un enracinement. C’est l’expérience de la confiance inconditionnelle. 

C’est la résolution de toute constellation. 

Constellons.

Je suis

Notre quotidien est fait de dualité. En nous, chaque mot porte en lui son inverse. Chaque regard porte en lui ce dont il se détourne. Des choix qui portent en eux notre représentation d’un monde où chaque signifiant est aussi et en même temps une valeur, un jugement, et désigne intrinsèquement le contraire de ce signifiant, sa valeur ou jugement inverse. 

Et c’est ainsi que nous croyons que si ce n’est pas bien, c’est mal. Et que si ce n’est pas mal, c’est bien. Que si c’est lumière, ce n’est pas obscurité. Et que si ce n’est pas obscurité, c’est lumière. Et chaque signifiant valorise et juge un signifié qui pourtant est parfaitement neutre en soi, car tout simplement existant. Et chaque signifiant, parce qu’il est valorisé et jugé, crée une tension : la tension de l’inverse. La guerre à l’inverse. Le combat contre le contraire. On croit qu’il y a des choses qui devraient être et des choses qui ne devraient pas être. Alors que être est la seule réalité.

Et si la réalité était sur la tranche, le fil, cet espace infini entre deux signifiants opposés, là où il n’y a plus d’opposition, de contraire, de tension ?. Juste la Réalité, qui englobe tout.

Ouvrir le regard au point qu’il englobe tous les possibles et leurs contraires, pour demeurer dans ce centre infini où rien ne vient interférer avec l’immobilité, cette paix pour laquelle il n’y a pas de contraires, pas d’opposés, pas de valeur. 

La Réalité qui émerge lorsque nous nous abandonnons à l’expérience sphérique sans limite « ni tout cela, ni tout ceci » est un point, une densité de paix, d’immobilité intérieure. Un point d’abandon à cette réalité ultime, où nous cessons d’imaginer des conséquences, des contreparties, des échanges, des actions et réactions, qui interfèrent dans le déploiement de cette immobilité intérieure, et qui impriment alors une courbe à l’univers, une déformation : le cours de notre vie telle que nous la jugeons.

Grandir sur Terre, dans un groupe d’êtres humains, c’est faire l’expérience de l’apprentissage du parti pris, l’apprentissage de la polarité, où l’on croit que si « avoir raison » existe, alors « avoir tort » existe aussi. Or, il n’y a ni « avoir raison » ni « avoir tort ». (Et si personne n’a raison ni tort, alors personne n’est coupable). A chaque fois qu’on se fait avoir par la dualité on génère la possibilité même d’une croyance souterraine en un Dieu et un Diable. Et à partir de là, toutes les croyances duelles existent et prennent appui sur cette première croyance originelle. Croyance du vrai et du faux, et ainsi de suite.

Abandonner cette croyance en toutes les polarités, en l’existence même de la polarité, crée une concentration immense d’énergie en un point central où tout cela n’existe pas. L’idée même de vérité n’existe pas car il n’y a pas de mensonge possible. C’est un point où il n’y a pas d’ignorance possible, l’ignorance n’existe pas. La vérité / le mensonge, le vrai / le faux, l’innocent / le coupable, l’amour / l’absence d’amour n’existent que parce qu’on prend parti, que parce qu’on n’est plus dans ce centre. Être dans le centre, c’est au micron près, c’est un point infinitésimal. Et à cet endroit, il ne peut pas y avoir d’ignorance car il n’y a pas de parti pris, il ne peut pas y avoir d’oubli non plus parce qu’il n’y a pas de parti pris. Il n’y a pas d’absence, pas de polarité. Ce point est extrêmement dense. Ce point est un point où la lumière n’existe pas, elle n’éblouit pas, ce n’est pas une lumière blanche, ni colorée. Le sombre n’existe pas non plus, il n’y a pas la possibilité de ne rien voir. Il n’y a tout simplement pas de lumière ni de sombre. La lumière n’existe tout simplement pas, l’idée même de lumière n’existe pas. il n’y a pas de lumière donc il n’y a pas son contraire. Il n’y pas de choix possible entre quelque chose qui serait de la lumière et quelque chose qui serait du sombre. Il n’y a pas de choix, car il n’y a pas de polarité.

Le temps n’existe pas. Sans l’illusion du passé, on vit chaque instant sans l’expérience du précédent. Ce qui signifie qu’on pourrait vivre minute après minute la même situation, mais minute après minute il se passerait quelque chose de tout à fait différent (ou non). une situation où quelqu’un viendrait à nous, entraînerait des réactions tout à fait différentes instant après instant parce qu’aucune de ces situations ne seraient perturbées par une expérience précédente. Chaque instant est vécu avec ce qui est là. On arrête de croire dans l’expérience passée et de son enseignement. Parfois la réponse juste à une situation c’est d’aller vers cette personne, parfois c’est de partir, parfois c’est de mourir, mais toutes ces réponses n’ont aucun lien avec le passé, elles viennent uniquement de l’instant. S’il n’y a plus cette croyance-là, d’un passé générateur de présent, alors on ne crée plus de Karma. Ça n’existe plus.

Le karma vient de la croyance que chaque action crée une dette ou une créance. Parce que l’on croit que l’on est à l’origine d’une action et qu’on juge cette action depuis l’espace de la polarité. Mais si l’on sait (se souvient) qu’il n’y a ni dette ni créance, que chaque action s’épanouit sans mémoire ni passé, alors il n’y a pas création de karma.

Détachons-nous de notre attachement à la mémoire, au bagage. Détachons-nous de notre amour de nos mémoires, cet attachement vient interférer dans la possibilité de vivre l’instant unique. Quand il y a mémoire, il y a prise de parti. La mémoire est une croyance, une illusion, qui vient de l’illusion du temps, de l’illusion du passé, présent, futur. Se souvenir, c’est savoir, et savoir c’est savoir la totalité. Un peu comme si vous vous souveniez du futur autant que du présent autant que du passé.

Notre propre gravité est notre centre, notre centre est notre gravité. Soit on décide d’être tout le temps et entièrement attiré par notre propre point de gravité, soit on se laisse prendre par la gravité d’autres points. En même temps, tous ces points viennent bien du même endroit et vont bien au même endroit, (sans aller nulle part, et venant de nulle part. Sans aller ni venir). Si on se laisse attirer uniquement par notre centre de gravité personne d’autre ne peut être pris par notre centre de gravité. Et bien sûr, on ne peut être pris par le centre de gravité d’aucun autre point.

Il s’agit de s’abandonner à son propre centre de gravité comme si c’était un trou noir et de se laisser entièrement s’effondrer à l’intérieur, indéfiniment, éternellement, c’est à dire sans temps. (Eternellement = espace sans temps = espace point = espace instant unique).

Tous ces centres de gravité que l’on prend pour des vies ne sont en fait que les « atomes » de cette « lumière », qui n’en est pas une, de la source qui n’en est pas une, car elle ne jaillit pas, elle est. Ce sont juste des points de gravité une infinité de points de gravité qui ont leur propre gravité qui s’attire elle-même, qui s’effondre sur elle-même à l’intérieur d’elle-même, juste un point. Tous ces points ne forment qu’une seule existence, qu’une seule vie, qu’ « un seul ». Ce Un. Et ce UN, c’est cette source dont certaines personnes parlent, comme si elle était à l’extérieur. (L’existence d’une source, est elle-même une illusion. cette illusion génère encore l’idée de polarité : une origine et une descendance, un centre et une périphérie. Il n’y a pas de point central auquel tous les points de gravité sont reliés.)

Nous avons l’illusion que nous sommes des personnes individuelles alors que tout n’est que points de gravité. Chaque point de gravité est la « source ». Il y a mouvement de ces points de gravité lorsque ces points de gravité se laissent attirés par les autres points de gravité. Plus les points de gravité s’effondrent sur eux même et ne s’attirent entièrement et complètement que par leur propre gravité, plus l’immobilité se déploie, il n’y a plus d’agitation, il y a juste cet état d’être immobile qui est alors perçu. Cet état d’être immobile, être ce point de gravité qui s’effondre sur lui même à l’infini, qui ne s’attire que lui-même entièrement, c’est être la totalité de tous les points de gravité, chacun fractal de la totalité.

Ce qui est reconnu, c’est qu’il n’y a pas de source, pas de descendant, pas de centre ni de périphérie, juste un UN, chaque point est ce UN dans sa totalité (fractal). (C’est erroné de dire que chaque point est une partie du UN. Chaque point est cet unique UN. C’est un point qui est la totalité.)

Le fait d’être enfin dans sa gravité, de s’effondrer indéfiniment dans sa propre gravité attire notre point à une vitesse qui n’existe pas, qui est sans vitesse, dans une immobilité qui nous fait être la « source », ou plus exactement qui nous permet enfin de percevoir que nous sommes la « source », c’est à dire la totalité. Lorsqu’il y a des gravités qui se prennent au jeu d’être attirées par les gravités des autres points, ça crée ce mouvement qui donne l’impression que ces points vont dans le sens opposé à la « source », (alors que c’est impossible puisqu’ils sont aussi la source.) C’est l’illusion de séparation.

On est juste des petits points de gravité immobiles et tous ensemble nous formons qu’une seule vie sans être des éléments de cette vie, puisque nous sommes chacun la totalité de cette unique vie.

Une seule vie = tout ce qui se produit c’est cette seule vie. S’il n’y a qu’une seule vie, tout le temps (c’est à dire éternellement), Il n’y donc qu’une seule conscience, qu’une seule existence. (Eternellement = espace sans temps = espace point = espace instant unique)

Ainsi, lorsqu’on dit mon fils, mon frère, mon ami, l’arbre, le chien, le chat, on se trompe complètement et on pourrait juste dire JE. JE miaule, JE mange des croquettes, JE creuse avec mes racines le sol que JE suis (JE creuse JE avec les racines de JE), JE fane, JE meurs, JE tape JE, JE viole JE, JE détruit JE, JE donne naissance à JE, J’embrasse JE, JE prends JE dans les bras de JE, JE crie JE, JE chuchote JE, J’entends JE. ET bien sûr ce JE, ce n’est pas moi.

Et puisqu’il n’y a qu’une seule vie qui existe, et rien d’autre, lorsqu’on perçoit ça, on est dans l’amour de ce qui arrive tout le temps, et plus exactement on est l’amour de ce qui arrive tout le temps, parce que l’autre n’existe pas tout simplement, il n’y a qu’une seule vie, qu’un seul JE. Si à chaque expérience on cesse de voir l’autre, et que l’on voit cette unique vie, alors on sort des illusions, des récits, des histoires. il n’y a plus cette illusion du moi, on est l’unique vie. Plus exactement, l’unique vie est. On comprend que si il n’y a qu’une unique vie, alors JE suis partout, dans toutes les dimensions, dans toutes les expériences, tout le temps, à chaque instant.

Il n’y a même pas « chaque instant » car il n’y a rien après quoique ce soit, c’est juste du simultané incessant, éternel. (Eternel = espace sans temps = espace point = espace instant unique)

Daphne Labbé de Montais

KI : souffle de la manifestation

Le Ki est le souffle de la manifestation. Une pompe qui bat sous le nombril, qui pompe et diffuse le souffle de la manifestation.

L’espace du coeur ouvre une porte sur la réalité vibratoire ; cette totalité infinie (infinie dans ce qu’elle contient, et sans limites ; c’est ce UN qui est la seule réalité).

Dans notre dimension, ce UN se manifeste dans sa totalité infinie. La manifestation est une expression de la totalité infinie de ce UN. Ce UN porte la possibilité de la manifestation spécifique à notre dimension. Donc, il y a manifestation. C’est un souffle. Tout ce qui existe dans notre dimension existe parce qu’il est « soufflé ». Tout ce qui existe, existe donc parce qu’il a un KI. Tout ce qui existe possède un ki. Plus ou moins fort.

La porte du coeur permet de plonger dans l’infini de la réalité vibratoire, de ce UN, de l’explorer. C’est la rencontre avec le Mystère.

Le KI est la pompe de la manifestation de ce UN. Plus notre KI est activé, plus il manifeste ce UN à travers chaque être vivant : de l’expression de l’ADN à l’expression de la totalité de notre potentiel, de nos choix, de notre personnalité (le petit moi) autant que notre essence.

Plus le KI est fort, plus notre capacité à manifester est grande. Plus l’espace de notre coeur est spacieux, ouvert, plus le pouvoir de manifestation de notre KI s’unit à cet espace et plus nous manifestons notre essence.

Coeur faible, KI fort : manifestation des intentions issues de notre personnalité, du petit moi, essentiellement, peu de manifestation de notre essence.

Coeur fort, KI faible : grande spiritualité peu manifestée dans le monde que nous habitons.

Coeur faible, KI faible : petite capacité de manifester tant notre essence que notre personnalité

Coeur ouvert, Ki fort : grande capacité de manifester notre essence.

Nous sommes un dorje Tibétain : l’espace du coeur est relié au KI par notre chakra solaire. Nos racines vibratoires sont reliées à nos racines matérielles par notre corps tout entier. La terre et le soleil sont reliés entre eux etc….

Daphne Labbé de Montais

La responsabilité

Dans cet univers, nous expérimentons une dimension régie par le principe de causes et d’effets. Le mouvement incessant de notre univers est la réalisation constante de ce principe. Causes et effets. Un autre mot pour ce mouvement incessant issu de cette expérience première d’un souffle originel qui littéralement déforme un univers sans mouvement et le transforme en un univers de mouvement incessant et éternel, de multiplications et transformations, de réactions en chaîne, de modifications, est le terme « Karma ».

Loin de moi l’intention d’expliquer ce qu’est le Karma, loin de moi l’illusion d’avoir compris ce qu’était le Karma. Loin de moi l’arrogance de croire qu’il m’est possible de prédire les effets de toute manifestation et de leurs réactions en chaînes multidirectionnelles.

Juste une petite expérience, une petite réalisation.

D’abord, la grâce de reconnaître que tous les événements, d’instant en instant, ne sont pas « bons » ou « mauvais » ou « injustes », et qu’ils ne sont pas « ma » vie. Ils sont « la » vie. Tout simplement. La grâce de reconnaître qu’il existe un élément, celui de la cohésion (l’élément eau) qui entraîne l’illusion que tous ces événements dont je me souviens, par volonté, forment une histoire, « ma » vie. La grâce de reconnaître enfin qu’il n’y a pas d’histoire. La grâce de ressentir un amour immense, infini, éternel pour « ma » vie, qui n’est en vérité que « la » vie.

Puis l’expérience que tout est un tout de causes et d’effets. A tel point, que toutes les expériences, celles dont je me souviens, que j’ai sélectionnées, que j’ai remarquées, autant que toutes celles dont je ne me souviens pas, que j’ai écartées, que je n’ai pas remarquées, et que l’expérience même du souvenir, du choix, de la sélection, de la production d’une histoire, que l’élément même de la cohésion pour créer une illusion d’un « je » différencié à qui il arrive tous ces événements, tout cela sont les effets de toutes mes pensées, actions, paroles, silences, etc. de « cette vie-ci » comme de toutes mes « précédentes vies ».

Alors la densité de la réalisation de ma responsabilité. Mon entière responsabilité de tout ce qui m’arrive, que j’en ai conscience ou pas.

Alors, avec cette responsabilité, la libération, la légèreté.

En constellation, l’expérience de la responsabilité entraîne toujours une libération. Dans les constellations, nous croyons souvent que nous prenons nos responsabilités par rapport à un événement, un comportement, une souffrance. En réalité, dans les constellations, chacun prend ses responsabilités sans avoir la conscience de l’étendue de ces responsabilités. En réalité, non prenons nos responsabilités, toutes nos responsabilités, y compris celles dont nous n’avons pas conscience, y compris celles qui viennent d’un temps où nous n’existions pas.

Daphne Labbé de Montais